Comment la conviction d'une physio devient la vôtre

 
 
 

Comment la conviction d'une physio devient la vôtre

Il existe, en réadaptation, un moment qu'aucun dossier ne consigne : celui où une physiothérapeute regarde ce que votre corps ne peut plus faire, et décide — à voix haute ou non — ce qu'il pourrait encore être capable de faire.

Cette conviction compte plus qu'on ne le dit habituellement, et la recherche lui donne un nom : l'auto-efficacité inférée de la relation (relation-inferred self-efficacy, ou RISE). C'est l'un des trois volets d'un modèle de croyances qui traverse toute relation construite autour de la performance et de la capacité — une cliente et sa thérapeute, un entraîneur et son athlète, une préparatrice physique et la personne sur le tapis (Lent et Lopez, 2002).

·       La première croyance est l'auto-efficacité : à quel point vous croyez en votre propre capacité à faire quelque chose.

·       La deuxième est l'efficacité perçue de l'autre : à quel point vous croyez en la capacité de votre thérapeute à vous y amener.

·       La troisième — celle dont on parle le moins, et qui compte le plus à mes yeux — est le RISE : votre perception de la mesure dans laquelle votre thérapeute croit en vous.

Cette troisième croyance n'est pas un sentiment accessoire à côté du « vrai » travail clinique. Elle est mesurable, et elle prédit des résultats. Le RISE et l'efficacité perçue de l'autre prédisent directement l'auto-efficacité des client·e·s, et cette auto-efficacité se traduit par plus d'effort pendant la séance elle-même (Hill, Smith, Myers et Feltz, 2022; Jackson, Dimmock, Taylor et Hagger, 2012).

·       En clair : quand une personne se sent crue capable, elle en vient à croire en elle-même, et cette conviction se traduit en effort.

C'est, je crois, au moment où une personne a le moins de preuves sur lesquelles s'appuyer que cela compte le plus — tôt en réadaptation, avant d'avoir réappris quoi que ce soit, quand son propre sens de ce qui est possible relève encore largement de la conjecture. C'est précisément là que la conviction d'une thérapeute pèse le plus lourd, parce qu'elle tient lieu de preuve que la personne n'a pas encore.

C'est ici que se situe ma propre expérience. J'ai appris à me mettre à quatre pattes sans accès fonctionnel à mes muscles abdominaux — en utilisant seulement mes muscles du dos pour accomplir un travail que mon corps n'était plus « censé » pouvoir faire.

Ce mouvement n'est pas sorti d'un manuel ni d'un protocole. Il est venu d'une physio qui a traité mon corps comme un ensemble de questions ouvertes plutôt que comme un dossier clos, et qui a continué à chercher avec moi jusqu'à ce qu'on trouve les muscles capables de porter la charge. Je n'ai pas cru ce mouvement possible avant qu'une autre personne n'y croie la première.

Et c'est arrivé une deuxième fois, quand une autre physio m'a dit que je pouvais y arriver — à quatre pattes, seule. Ce que je fais maintenant un jour sur deux!

C'est le mécanisme du RISE, en pratique. Leur conviction en ma capacité est devenue une partie de ma propre conviction, avant même que j'aie la moindre preuve sur laquelle m'appuyer. Cela n'a pas remplacé le travail — j'ai quand même dû trouver les muscles, échouer à répétition avant que ça tienne. Mais la conviction est venue en premier, et c'est elle qui a rendu ces échecs répétés dignes d'être poursuivis.

Concrètement, qu'est-ce que cela demande aux physios?

·       Le vrai travail d'une physiothérapeute ne se limite pas à administrer des exercices.

·       Il s'agit de transmettre une conviction d'une manière que la personne puisse utiliser. Ce qu'une clinicienne croit qu'une personne peut faire devient une partie de ce que cette personne croit d'elle-même, et cette conviction devient une partie de ce qu'elle sera prête à tenter ensuite.

Deux choses concrètes à essayer :

·       Dites la conviction à voix haute, et soyez précis·e. Pas un « vous êtes capable » générique — plutôt quelque chose comme « j'ai déjà vu ce mouvement revenir dans des corps comme le vôtre, et je pense qu'il est là, en vous, aussi. » C'est la précision qui rend la conviction utilisable, au-delà d'un encouragement générique.

·       Nommez le mécanisme à la personne, une fois. Dites-lui clairement que votre confiance en sa capacité fait partie du traitement, et non un supplément qui s'y ajoute. Les personnes qui comprennent pourquoi la conviction compte sont plus susceptibles de la laisser réellement entrer.

Faire savoir à vos client·e·s ce que vous les croyez capables de faire ne bâtit pas seulement leur auto-efficacité — cela renforce aussi la relation avec leur thérapeute (Jackson, Dimmock, Taylor et Hagger, 2012).

***

En cette Journée mondiale de la physiothérapie, je veux le dire clairement aux physios : Lorsque vous croyez en la capacité de vos client·e·s vous leur permettez de développer leur propre conviction. Votre croyance en eux est une invitation pour qu’ils croient en eux-même et c’est aussi important que la biomécanique — parce que la recherche dit que les deux ne sont, en réalité, pas séparées.


 
 

écrit par
Marjorie Aunos, PhD., est une chercheuse de renommée internationale, professeure adjointe, psychologue clinicienne et conférencière inspirante primée de Montréal, Canada.

 

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Marjorie Aunos

Marjorie Aunos, PhD., is an internationally renowned researcher, adjunct professor, clinical psychologist, and award-winning inspirational speaker from Montreal, Canada.

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