Vivre une Vie Riche
Vivre une Vie Riche en tant que maman en fauteuil roulant
L'eau était assez calme pour refléter les montagnes. J'étais en kayak sur un lac en Alberta, guidée sur l'eau par @RockyMountainAdaptive, et pendant un moment, je suis simplement restée là, sans pagayer, à contempler un point de vue que je n'attendais pas — près de la surface, les sommets dédoublés dans leur reflet.
Les psychologues débattent depuis longtemps de ce qui rend une vie bonne. Oishi et Westgate (2022) soutiennent qu'il n'y a pas qu'une seule réponse, mais trois. Une vie heureuse est orientée vers le plaisir — maximiser les bons moments, minimiser les mauvais, vivre dans le moment présent. Une vie qui a du sens est orientée vers un but — identifier ses valeurs et vivre en cohérence avec elles. Et une vie psychologiquement riche est orientée vers l'expérience — une variété de moments intéressants, qui changent notre perspective, pas tous agréables, qui nous font voir le monde différemment qu'avant.
Ma vie a toujours eu le sens en son centre. Je travaille avec des parents en situation de handicap depuis près de 28 ans, et ce travail m'a donné un but — le sentiment clair que ce que je faisais comptait. Il y avait aussi des éclats de la première dimension : de petites joies épicuriennes éparpillées dans une vie surtout organisée autour d'un but. Mais le sens a toujours été le centre de gravité.
Puis j'ai acquis mon propre handicap, et le sens a été la première chose que j'ai senti perdre. Je n'arrivais plus à suivre le rythme de tout ce autour de quoi j'avais bâti mon sens du but, et pendant un moment, ça a ressemblé à perdre ce qui organisait toute ma vie. C'est revenu, éventuellement, sous une forme différente : être une mère handicapée m'a donné une nouvelle raison précise de me battre — pas seulement pour les parents en situation de handicap en général, mais de l'intérieur de l'expérience elle-même. Le sens était revenu. Mais ça ne me rendait pas heureuse. J'avais de nouveau un but, et je n'allais toujours pas bien.
C'est à ce moment que j'ai entendu parler de la possibilité de vivre une vie riche. Une vie riche ne demande pas de maximiser les bons sentiments ni de rester fidèle à une mission. Elle demande de rester curieuse. De remarquer ce qui est nouveau, étrange ou difficile, et de le voir comme une matière à explorer plutôt qu'un problème à régler.
Le kayak sur ce lac n'avait pas besoin d'avoir du sens pour compter. Il n'avait pas besoin de me rendre plus heureuse que je ne l'étais déjà. Il avait seulement besoin d'être nouveau — une façon de me déplacer dans l'eau et les montagnes que je n'avais jamais essayée, avec l'aide particulière qu'il a fallu pour me mettre sur l'eau en premier lieu.
Ça suffit. La nouveauté et le changement de perspective sont la vraie monnaie d'échange, pas le confort.
C'est aussi là que les parties difficiles cessent d'être purement difficiles. Une vie riche ne trie pas les expériences entre bonnes et mauvaises comme le fait une vie heureuse. Elle demande d'être curieuse face aux moments difficiles aussi — la frustration d'une nouvelle logistique, la vulnérabilité d'essayer quelque chose dans lequel on pourrait être mauvaise, l'ironie de se retrouver quelque part où on ne serait jamais allée sans le handicap qui nous y a menée. J'ai appris à garder cette ironie plutôt que de lui en vouloir. Elle m'a donné des sports que je n'aurais jamais essayés et des publics à qui je n'aurais jamais parlé.
Rien de tout ça ne remplace le sens ou le bonheur. Ce qu'Oishi et Westgate avancent, ce n'est pas que la richesse est supérieure — c'est une dimension distincte, souvent négligée. Une vie pleine s'appuie probablement sur les trois. Je tiens encore à mon but, et je veux encore de bons moments. Mais je n'organise plus ma vie autour de seulement ces deux-là.
Cet après-midi-là, je me suis concentrée sur la façon d'utiliser mes muscles du dos et la force de mes épaules pour faire avancer ma pagaie et en tirer le plus de puissance. Je suis devenue curieuse de savoir comment faire du kayak avec un corps différent. C'est ça, une vie riche, en réalité : pas une leçon apprise, pas une case cochée, mais un après-midi étrange et ordinaire — et une nouvelle compréhension de la façon de faire les choses.
Alors, comment fait-on ça, dans notre vie de tous les jours?
Envie de moments de bonheur? Essayez :
Un Spectacle
Un spa
Le cinéma
Un bon restaurant
Si vous êtes quelqu’un en situation de handicap qui vit au Québec, allez voir :
Les spectacles accessibles, sur le calendrier culturel accessible d'Altergo
Le Théâtre Hector-Charland, à L'Assomption
Envie de sens? Essayez :
Le bénévolat
Vous demander quelles sont vos valeurs les plus importantes — et comment les honorer un peu plus chaque jour
Vous investir pleinement dans vos rôles les plus importants : au travail, dans vos relations
Envie d'une vie riche? Essayez :
Quelque chose que vous n’avez jamais fait avant
Planifiez une aventure, un voyage en voiture
Lisez un roman qui vous transporte complètement ailleurs
Si vous êtes quelqu’un en situation de handicap, allez voir :
Un environnement adapté à visiter, certifié par Kéroul
On n'a pas à choisir une seule de ces trois vies — on peut viser les trois. Mais si vous ne deviez essayer qu'une seule chose cette semaine, essayez quelque chose de nouveau. C'est peut-être là que ça commence.
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Référence : Oishi, S., & Westgate, E. C. (2022). A psychologically rich life: Beyond happiness and meaning. Psychological Review, 129(4), 790–811. https://doi.org/10.1037/rev0000317
écrit par
Marjorie Aunos, PhD., est une chercheuse de renommée internationale, professeure adjointe, psychologue clinicienne et conférencière inspirante primée de Montréal, Canada.
Et si ce qui m'a le plus aidée en réadaptation n'était ni un étirement ni un exercice — mais la conviction de quelqu'un d'autre?
La psychologie lui donne un nom : le RISE — votre perception de la mesure dans laquelle votre thérapeute croit en vous. La recherche montre qu'il prédit votre propre auto-efficacité et votre effort, parfois plus que ce que vous croyez déjà de vous-même.