L'héritage qu'on laisse en étant présent
En 2019, j'ai planifié un voyage de deux semaines en Écosse pour toute ma famille. C'est généralement moi qui planifie, parce que je sais ce dont j'ai besoin en matière d'accessibilité — c'est plus facile pour moi de planifier des choses qui vont m'inclure.
Sur ce voyage, j'ai été incluse jusqu'à ce que les enfants viennent me dire qu'ils voulaient vraiment faire l'ascension d'une montagne. Ma seule réponse possible : « Bien sûr que vous voulez! » Et ils sont partis.
Cinq ans plus tard, à Hawaï, les enfants ont voulu escalader une montagne de nouveau. J'ai essayé de les accompagner, et j'ai dû arriver à la même conclusion : si je voulais qu'ils profitent du paysage, ils devaient me laisser derrière, encore une fois.
Cet été, ma famille est partie en Colombie-Britannique, et nos journées se sont remplies de plein air — randonnée, exploration et, éventuellement, rafting. Cette fois, quelque chose de différent est arrivé. Je n'ai pas été laissée derrière.
L'Écosse et Hawaï m'avaient appris le pattern : je planifie le voyage, et à un moment donné, je regarde tout le monde partir faire la chose que je ne peux pas faire, puis j'en entends parler après coup. Ce voyage a brisé ce pattern.
Le rafting a demandé une vraie logistique : m'amener près de la rivière, puis dans le bateau, puis en sécurité dans les rapides. Rien de tout cela n'était simple, rien n'était automatique. Ça a demandé de la planification, de la patience, et des gens prêts à trouver des solutions au fur et à mesure. Mais c'est arrivé. J'étais sur l'eau avec ma famille, pas en train d'attendre sur la rive qu'on me raconte l'histoire après coup.
Voici la partie que je n'attendais pas. Sur le chemin du retour, mon neveu de 11 ans parlait déjà de notre prochaine aventure — et il a dit à sa mère, sans qu'on le lui demande, qu'il fallait s'assurer de trouver des activités que je pouvais faire moi aussi.
Personne ne le lui a appris. Je ne me suis pas assise avec lui pour lui expliquer l'accessibilité, ni fait de discours à ce sujet pendant le voyage. Il a simplement observé ce qui se passait quand j'étais incluse, et c'est devenu, pour lui, la norme évidente de ce à quoi une aventure familiale devrait ressembler désormais.
Cet article tombe la semaine de la Journée nationale des grands-parents au Canada — une journée habituellement construite autour des grands-parents et de leurs petits-enfants. Mon histoire s'en écarte un peu : une tante et un neveu. Mais le mécanisme est identique. C'est une personne plus jeune qui observe un membre plus âgé de sa famille évoluer dans le monde, et qui absorbe tranquillement ce qui est « normal » à partir de ça — la même chose qui se produit à travers chaque génération d'une famille, grands-parents inclus.
C'est ce que je veux dire quand je parle de l'héritage qu'on laisse en étant présent. Cet héritage ne vit pas seulement dans les grandes choses visibles — une œuvre, une conférence, un livre. Il vit aussi dans les petits moments, presque invisibles, où quelqu'un observe comment vous composez avec une limitation, et décide tranquillement de ce qui est normal à partir de ça. Mon neveu n'a pas appris une leçon sur l'inclusion des personnes handicapées. Il a appris que l'accessibilité, c'est simplement à quoi ressemble un bon voyage en famille — parce que c'est ce qu'il a vu.
C'est aussi la partie qui m'a le plus surprise : l'accessibilité n'a pas été un compromis pendant ce voyage, ni un accommodement que tout le monde tolérait. C'était amusant — pour moi, et pour tous ceux qui ont pu vivre l'aventure avec moi plutôt qu'autour de moi.
Et c'est vraiment ça, la joie : j'ai pu être là. Pas l'apprendre après coup — vraiment là, dans les rapides, faisant partie de l'histoire plutôt que d'être celle à qui on la raconte plus tard.
Si vous voulez vivre en gardant ce genre d'héritage en tête, voici deux choses à essayer :
Laissez les gens voir le processus, pas seulement le résultat. L'héritage ne se construit pas dans la version polie et racontée après coup d'un moment — il se construit quand quelqu'un observe l'effort, l'improvisation, la recherche de solutions. Ne cachez pas la logistique; c'est elle qui enseigne réellement quelque chose.
Cherchez le petit moment répétable, pas le grand geste. Vous n'avez pas besoin d'un acte unique et marquant. Vous avez besoin de continuer à être présente dans les moments ordinaires, parce que ce sont ceux-là que quelqu'un observe vraiment.
C'est le cœur de ce que j'explore dans ma conférence Still Shining Bright : l'héritage ne se construit pas dans un moment marquant unique. Il s'accumule dans les petits moments — ceux dont on ne réalise même pas qu'ils sont observés, jusqu'à ce que, des années plus tard, on entende ce que quelqu'un en a retenu.
Voilà ce qu'est l'héritage. Ce n'est pas un plan qu'on construit. C'est un comportement que quelqu'un d'autre reprend parce que vous l'avez vécu devant lui.
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Un Grand Merci à: Adaptive Adventures et Riverside Rafting pour leur soutien!
écrit par
Marjorie Aunos, PhD., est une chercheuse de renommée internationale, professeure adjointe, psychologue clinicienne et conférencière inspirante primée de Montréal, Canada.
Avec le bon soutien, personne n’a besoin d’être laissé derrière durant les vacances en famille. Aller faire du rafting en tant que paraplégique est possible. Et en le faisant, j’ai laissé une impression.