Au-delà de l'acceptation : se réapproprier qui on est

 
 
 

Au-delà de l'acceptation : se réapproprier qui on est

On nous apprend, par défaut, à voir le handicap comme quelque chose dont il faut avoir honte — quelque chose de mauvais, de moindre, quelque chose dont une bonne vie se construit malgré. Je ne veux pas nier les parties difficiles. Elles sont réelles. Mais je ne veux pas non plus laisser les parties difficiles être toute l'histoire, parce qu'il y a autre chose de vrai à côté, et on en parle rarement à voix haute.

Il y a un concept que j'ai fini par adorer pour nommer cette autre chose : la réappropriation.

La réappropriation n'est pas la même chose que l'acceptation. L'acceptation, sur le plan clinique, est réellement utile — surtout quand rien ne peut changer. La thérapie d'acceptation et d'engagement la décrit comme le fait de faire de la place à la douleur plutôt que de la combattre, ce qui libère de l'énergie pour ce qui compte vraiment pour nous (Hayes, Strosahl et Wilson, 2012). Chez les personnes ayant une lésion médullaire en particulier, une plus grande acceptation est systématiquement liée à une meilleure qualité de vie et une meilleure santé mentale (Aaby, Ravn, Kasch et Andersen, 2020). C'est réel, et ça compte.

Pour moi, la réappropriation va plus loin. L'acceptation libère des émotions négatives liées à ce qui a changé. La réappropriation pose une question différente : qu'est-ce que ce rôle signifiait vraiment pour moi, sous la façon dont j'avais l'habitude de le jouer — et comment est-ce que je le joue maintenant, pleinement, comme moi-même? C'est reprendre possession de ce que le handicap veut dire, à ses propres conditions, plutôt que de laisser les autres — ou nos propres vieux réflexes — le définir à notre place : une véritable évaluation positive de son propre handicap (Byra, Mroz et Kaleta, 2020), construite par-dessus l'acceptation plutôt qu'à sa place.

La ré-appropriation de mon rôle de maman

Je connais celle-ci de l'intérieur, par la parentalité.

Pendant longtemps, j'ai pensé que si je ne pouvais pas suivre mon fils physiquement comme les autres parents, je n'étais pas une mère à part entière. C'était une vraie perte, et ça m'a pris du temps de la nommer comme telle.

Tranquillement, j'ai arrêté de mesurer la maternité à ce que mon corps pouvait faire, et j'ai commencé à la mesurer à ce que je pouvais encore donner : ma présence, mon soutien émotionnel, la façon dont je l'aidais à trouver son propre chemin à travers les moments difficiles. J’ai appris que je pouvais lui montrer comment donner un coup de pied dans un ballon de soccer, en utilisant mes mains, mes mots et en lui montrant avec son pied. Je pouvais aussi lui montrer comment s’adapter, être flexible et forte, lors de nos voyages. Et je lui ai montré comment la Vie est remplie d’expériences merveilleuses que nous pouvons partager avec les autres.

Mon handicap ne m'a pas seulement coûté quelque chose — il m'a rendue plus créative et plus curieuse que je ne l'aurais peut-être été autrement. Mon fils et moi avons appris, ensemble, à trouver des solutions à des problèmes qu'aucun de nous n'aurait anticipés. Et quelque part, en me regardant faire ça, il a développé sa propre compassion pour les luttes des autres — il a seize ans maintenant, et déjà actif politiquement autour de la justice sociale, d'une façon que je ne pense pas qu'il aurait connue si le parcours de notre famille avait ressemblé à quelque chose de plus ordinaire.

La ré-appropriation lors d’un défilé de mode

J'ai entendu une autre version de ça récemment, en écoutant Camille Chai parler d'avoir défilé pour la Fondation Réa. Elle décrivait à quel point elle était émue d'être là — et puis, comme elle l'a dit, avoir dû réajuster sa pensée. Elle n'avait pas besoin de marcher comme les top modèles à deux jambes. Elle n'avait qu'à marcher de la façon dont elle marche naturellement. C'est tout.

Ce changement — passer de jouer la version du rôle de quelqu'un d'autre à habiter la sienne — c'est la réappropriation, exactement dans le sens où je l'entends. Pas prouver qu'elle avait sa place sur ce podium en l'imitant, mais redéfinir à quoi cette place pouvait ressembler, avec son propre corps, sa propre démarche, sa propre fierté.

Et en faisant ça publiquement, elle a offert quelque chose à chaque jeune fille qui regardait : la preuve qu'on n'a pas besoin d'être comme tout le monde pour être belle, ou pour être fière de qui on est. J'ai bien hâte d'explorer ça plus en profondeur avec elle directement — on va parler de réappropriation ensemble à Ça me regarde, AMI-télé.

Quelles leçons en tirer?

C'est le même schéma dans les deux histoires : le rôle garde le même nom — mère, mannequin — mais la façon dont on l'habite se reconstruit de zéro, à ses propres conditions.

Si vous êtes en plein dedans, voici quelques pistes pour commencer :

  1. Donnez-vous du vrai temps pour nommer ce qui a réellement changé, sans vous précipiter vers le bon côté des choses. Les psychologues appellent ça la rumination délibérée, et ce n'est pas la même chose que de ruminer sans but.

  2. Demandez-vous ce qui, en vous, n'a pas changé — vos valeurs, vos forces fondamentales. C'est l'ancrage sur lequel la nouvelle version se construit.

  3. Redéfinissez le rôle à votre façon. Pas en demandant comment vous le faisiez avant, mais comment vous voulez le faire maintenant, avec ce que vous avez.

  4. Trouvez un terrain concret pour le pratiquer — le sport, un projet créatif, le bénévolat. La nouvelle identité devient réelle à travers l'action, pas seulement la réflexion.

Rien de tout ça n'efface ce qui est difficile.

Ce que ça fait, c'est vous aider à comprendre ce qui compte le plus pour vous — ce qui vous représente vraiment, au cœur de vous, sous le rôle que vous jouiez avant et celui que vous construisez maintenant.

Ce n'est pas un prix de consolation pour ce que le handicap a pris. C'est simplement aussi vrai, juste à côté de la partie difficile, pas à sa place.

References

Aaby, A., Ravn, S. L., Kasch, H., & Andersen, T. E. (2020). The associations of acceptance with quality of life and mental health following spinal cord injury: A systematic review. Spinal Cord, 58(2), 130–148. https://doi.org/10.1038/s41393-019-0379-9

Byra, S., Mroz, J., & Kaleta, K. (2020). Forgiveness and acceptance of disability in people with traumatic spinal cord injury — the mediating role of disability appraisal: A cross-sectional study. Spinal Cord, 58, 1317–1324. https://doi.org/10.1038/s41393-020-0507-6

Hayes, S. C., Strosahl, K. D., & Wilson, K. G. (2012). Acceptance and commitment therapy: The process and practice of mindful change (2nd ed.). Guilford Press.


 
 

écrit par
Marjorie Aunos, PhD., est une chercheuse de renommée internationale, professeure adjointe, psychologue clinicienne et conférencière inspirante primée de Montréal, Canada.

 

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Marjorie Aunos

Marjorie Aunos, PhD., is an internationally renowned researcher, adjunct professor, clinical psychologist, and award-winning inspirational speaker from Montreal, Canada.

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